Les communautés virtuelles

Les communautés virtuelles, entre imposture et sincérité

Les communautés virtuelles (Facebook, forums etc…) posent de nouvelles problématiques et donnent de nouvelles opportunités en termes de communication. L’informatique ne comble pas toutes les fonctionnalités nécessaires au langage et offre donc plus de possibilités de « jouer » sur les propos. L’ironie de ton en vient à remplacer la sincérité de ton et l’individu joue consciemment ou non de son positionnement. Un article de Romain Barreda.

La reproduction culturelle

« Un être humain explique Lee Thayer, théoricien des médias, c’est quelqu’un qui participe à la communication au sein d’une culture humaine spécifique, et, faire partie d’une culture humaine spécifique, c’est percevoir et connaître le monde- communiquer- d’une manière qui permette la reproduction quotidienne de cette culture. » Il y a donc un lien inséparable entre culture et communication. La culture communique. On ne saurait donc être surpris de constater que les mots « communication » et « communauté » aient la même racine. Les communautés humaines n’existent qu’en partageant des significations et des formes de communication. Cette relation réciproque peut sembler évidente, mais elle est souvent négligée dans les débats sur la communication, qui reposent sur l’hypothèse implicite que la communication est un phénomène autonome, complètement indépendant du contexte social qu’il interprète et reproduit. Il est couramment admis que les communautés virtuelles (par exemple celles des réseaux sociaux du cyberespace) assurent plus que jamais ce rôle de reproduction culturelle. Mais notre problématique qui suit invite à la prudence quant à cette affirmation. Le terme de « communauté virtuelle » n’est-il pas paradoxal ? Et s’il l’est, les communautés dites virtuelles assurent-elles vraiment la reproduction culturelle ? Le Petit Robert définit une « communauté » comme étant un « groupe social dont les membres vivent ensemble, ou ont des biens, des intérêts communs ». Il s’agit pour les communautés virtuelles de membres qui ne vivent pas ensemble, mais qui partagent des intérêts communs.
Mais comment être sûr qu’au sein de la sphère virtuelle l’intérêt soit réellement commun ?

Les imposteurs du virtuel

Le vivre-ensemble est un témoignage de l’implication de chacun. Le simple acte de présence, ou la volonté de s’intégrer à un groupe sont un principe de loyauté au sein d’une communauté. Il y a une confrontation de visages en face à face. Bien sûr les imposteurs existent au sein de communautés réelles. Quelqu’un peut très bien s’infiltrer au sein de celle-ci et faire « semblant » d’être un des leurs. Mais ce phénomène est très rare et est un jeu dangereux pour l’imposteur. D’ailleurs, le risque qu’il prend est à la mesure de l’importance de sa présence réelle au sein de la communauté qu’il ou elle « trahit ». Dans une communauté virtuelle, rien ne fait gage de sincérité, de loyauté, d’appartenance dévolue à la communauté. La communauté virtuelle peut avoir en son sein 98% d’imposteurs sans que rien ne remette en cause son existence. Etre devant son écran d’ordinateur favorise, on le sait, l’imposture, le développement chez certaines personnes de personnalités multiples, le jeu de dupes et d’escroquerie en tout genre. De là, nous pouvons affirmer qu’une communauté virtuelle est bien « réelle », mais par contre la sincérité, l’appartenance et l’implication de ses membres sont elles virtuelles, au sens étymologique, c’est-à-dire qu’elles ne sont qu’en puissance, à l’état de simple possibilité. C’est fortement probable (sinon quelle perte de temps !) mais nous sommes sûrs de rien. En l’absence d’acte de présence réelle, de face à face(s), rien ne prouve que l’implication des membres soit bien réelle.

Sincérité et ironie

Ce fait peut paraître comme un détail mais ne l’est en fait pas. Sur les réseaux sociaux, l’ironie de ton a remplacé la sincérité de ton. Très souvent on vient sur un réseau social pour provoquer, défier, écrire quelque chose sans le penser mais juste pour voir les réactions. Car la sincérité de ton parait sur le Net trop naïve, trop moralisatrice dans une discussion sans cadre de référence et ouverte à tous. Comment alors savoir si quelqu’un est sincère ou pas sur le Net, car on peut tout aussi bien jouer la sincérité ? Dans le monde réel, la sincérité ne peut exister que grâce à une confrontation de deux ou plusieurs visages dans un espace-temps commun. (C’est une condition nécessaire mais pas suffisante évidemment). De ce fait, dans le cyberespace, la possibilité de sincérité ne peut pas exister. L’ironiste d’une communauté virtuelle, c’est celui qui a intégré ceci, et qui joue lors de discussions, soit en bien soit en mal, à forcer les traits de ce triste constat.

Réponse à la problématique

Nous dirons que le terme de communauté virtuelle n’est pas paradoxal. Par contre son existence dépend d’aspirations d’hommes et de femmes aux intérêts dont on ne peut affirmer si ce sont des intérêts communs ou non. Et par là la notion de communauté s’en trouve comme fragilisée. Ceci étant, les communautés virtuelles continuent d’assurer le rôle de reproduction sociale, que ses membres soient ou non de bonne foi. En effet, si je poste une vidéo sur Facebook, que la vidéo me plaise (sincérité de ton) ou que je la trouve ridicule (ironie de ton), je participe à cette diffusion de produits culturels et donc à la reproduction culturelle. De là nait le complot de l’art contemporain. Si c’est nul, l’artiste contemporain pourra toujours dire qu’il a voulu ironiser en amenant la réflexion sur les limites de l’art, comme ce fameux tableau à la toile entièrement blanche réalisée par un artiste dont je tairai le nom…