Le business des sites internet à l’heure du COVID-19

Phénomène mondial sans précédent, le COVID-19 a bien entendu une répercussion sur les sites internet. Au delà de la problématique sanitaire,  une réorganisation de l’économie a lieu. Moi même, auteur de l’article, je l’écris en télétravail, en respectant le confinement imposé par l’état, loin de notre agence web. Cette situation de limitation des déplacements, renforce une tendance déjà amorcée par le manque de temps des populations : l’essor du digital. Digital de confort d’abord, il s’étend aujourd’hui à un digital de nécessité. Dans le contexte précis des agences web, nous avons déjà entendu de la part de nos proches des « Wahou, la période doit être bonne pour vous en ce moment ! ». Alors est-ce vrai ou faux ?

Dans cet article nous verrons que les choses sont loin d’être évidentes.

Le digital comme nécessité : un point fort indéniable

Evidemment, comme beaucoup de gens se retrouvent bloqués chez eux à cause du coronavirus, internet est sollicité à fond dans les chaumières. J’en veux pour preuve les sites de courses en ligne, les fameux drives, qui ont explosé dès le soir de l’annonce du Président Macron, le jeudi 12/03 (avant même le confinement). Leclerc, Casino Drive, et Super U étaient en maintenance lorsque nous les avons testés. D’ailleurs, loin de leur jeter la pierre, on peut voir le sous dimensionnement global de toute l’infrastructure internet (site du gouvernement down pour télécharger l’attestation d’autorisation de sortie, lenteurs du CNED pour l’école à la maison, Facebook même qui annonce que ses serveurs pourraient ne pas tenir, etc…). Quand il s’agit de répondre à une situation de crise, avec une sur-sollicitation par rapport à la normale, la machine web s’enraye brièvement.

 

Donc oui, évidemment qu’une crise comme celle là, donne un rôle central au digital (et comme tout est dimensionné au cordeau dans ce monde virtuel, il lui faut un temps pour encaisser la vague). Mais si on y regarde de plus près en matière de changement économique, ce sont les e-commerçants qui en profitent le plus. Et parmi eux, je me dois d’introduire une nuance, qui reste la même qu’en dehors des temps de crise : les mastodontes ont la part belle, et les plus petits galèrent s’ils ne sont pas visibles. En revanche, si cela fait un moment d’un petit commerce s’était doté de solution de boutique en ligne (ce qui sous entend un outil digital ET une logistique appropriée pour livrer, dans le cas par exemple d’un commerce alimentaire), c’est l’occasion de basculer plus facilement son activité physique interrompue, vers son pendant digital… Bon courage en revanche, pour celui qui part de zéro en temps de crise.

Sites internet favorisés mais… Economie sclérosée

En ce qui concerne le business d’une agence web orientée sites vitrines comme nous, c’est au mieux équilibré et au pire un peu ralenti. A l’agence, on constate tous les jours cette dualité du temps de crise.

Certains points sont favorables à notre activité :

  • Plus de gens s’intéressent au digital donc on collecte certaines demandes entrantes qui n’auraient pas eu lieu sans la crise.
  • Certains décisionnaires dont les entreprises sont pérennes, et qui hésitaient quant à l’opportunité ou non de faire un site, se disent aujourd’hui qu’ils auraient dû valider leur devis avant (car ils auraient aujourd’hui une présence sur le web). Donc ils accélèrent le mouvement et seront livrés dans 6-8 semaines.
  • Nos clients dont la réalisation du site internet est en cours, répondent plus vite aux sollicitations. Leur baisse d’activité leur laisse du temps pour se consacrer à des projets qui étaient jusqu’alors plus secondaires, comme leur site internet.

Mais dans le même temps, d’autres points sont négatifs pour nous :

  •  L’activité étant en berne, beaucoup de nos prospects se font du soucis pour leur trésorerie. Certains remettent à plus tard leur décision d’investir ou non sur le site internet, du fait de cette incertitude globale sur l’économie.
  • Quand ce n’est pas financier, la réorganisation de certains secteurs monopolise intellectuellement ou matériellement, toute la disponibilité du décideur. Le site internet est donc mis en stand-by.
  • Dans la mesure où ils ne sont plus capables d’accueillir physiquement des consommateurs, ou de délivrer leur prestation, certains de nos clients interrompent leurs campagnes publicitaires Google Ads. A quoi bon être contactés si la prestation de leurs cibles est « urgente » et qu’ils ne peuvent pas lui fournir en ce moment ?

Bref, il y a des gains et il y a des pertes pour une agence web. En termes commerciaux, nos chargés d’affaire ne touchent pas les décideurs facilement, puisque la majorité des entreprises ont porte close. Le chômage est donc de fait sur certains métiers de notre profession, non par notre incapacité technique à produire un effort, mais par le blocage de l’activité de nos contacts. L’économie est un grand maillage, et la sclérose globale l’emporte souvent sur les effets d’aubaine.

Conclusion

Au plan global, en tant de crise sanitaire, le digital est bien entendu favorisé. Pendant la crise, le côté utilitaire se heurte au « freeze » de l’économie, et le jeu des forces peut être à somme nulle. Cependant, quand tout se débloquera et reviendra à la normale, les capacités économiques se libéreront et l’empreinte psychologique « digital = utile » demeurera.

Si je devais donc jouer au jeu des prédictions, je dirais que pour les agences web, ce n’est pas tant pendant la crise que l’embellie se constate, mais on peut s’attendre à des lendemains qui chantent. Du point de vue des entreprises, et même pour les TPE-PME, on peut voir qu’un canal comme internet, même accessoire pour certaines, devient une solution de repli vitale en temps de crise. Et cela ne concerne pas que l’e-commerce.

  • Le coiffeur sera content de pouvoir être trouvé par son site internet, et faire de la prise de rdv à domicile (certes, en confinement total il ne peut pas délivrer sa prestation, mais quand on n’était encore qu’au stade de la fermeture des établissements publics, le domicile restait un repli intéressant).
  • L’avocat se fera un plaisir de voir des clients prendre contact par le site, puis de faire des téléconsultations.
  • Le restaurateur sera heureux de pouvoir continuer une partie de son activité en livrant des plats commandés sur internet.

Bref, au delà de l’utilisation hors COVID-19 d’internet, dont les bienfaits sont déjà régulièrement démontrés, il est clair que l’impact psychologique de la crise renforcera la vision utile du digital pour les consommateurs. Bien sûr, on espère de notre côté que la prise de conscience post-crise, s’étendra bien entendu à des domaines sociétaux cruciaux, comme l’environnement et l’économie locale avec la favorisation des circuits courts, ou le maintien d’activités industrielles stratégiques au sein du pays (sans opposer mondialisation et auto-suffisance, n’a-t-on pas tous une roue de secours dans la voiture ?), ainsi que le renforcement de notre système de santé.

Bon courage à tous en ces temps de confinement !